Au quotidien

Un jour, une station : la station Cité n’était pas prévue

Située sur la ligne 4, Cité, est la seule station du métro bâtie sur une île, celle de « la Cité » à Paris. Pourtant elle n’était pas prévue au départ ! 

La station Cité, conséquence du tracé modifié de la ligne 4

A son ouverture en 1908, la ligne 4, première ligne à être orientée Nord-Sud, est séparée en deux branches, une sur chaque rive. Pour la première fois, le métro doit franchir la Seine.  Il est prévu, à l’origine, que la ligne 4 emprunte l’axe de la rue du Louvre, passe sous la Seine, puis sous l’Institut de France pour pouvoir ensuite regagner la rue de Rennes. 

Devant le refus de l’honorable institution, son tracé est modifié par la Ville de Paris, pour être reporté plus à l’est par une décision d’août 1903.  

Le nouveau tracé implique que la ligne, à partir des Halles et en direction de la rue de Rennes, franchisse impérativement deux bras de la Seine, via l’île de la Cité, une fois en amont, une fois en aval.  
Pour se faire, deux stations doivent être créées, l’une à Cité, l’autre à Saint-Michel.

Souterrain construit au moyen du bouclier - © Collection RATP/MALCUI
Souterrain construit sur caisson à air comprimé - © Collection RATP/MALCUI
Station sur Caisson - © Collection RATP/MALCUI

Un concours pour faire passer le métro sous la Seine

La traversée sous-fluviale de la Seine constituant de loin le point le plus difficile de la construction de la ligne, un concours est lancé pour étudier toutes les solutions possibles et déterminer le meilleur entrepreneur. 

Treize candidats présentent 33 projets qui sont soumis à une commission ad hoc.  
Le choix se porte finalement le 18 mars 1905, sur l’entreprise Chagnaud qui a déjà construit un complexe ouvrage de superposition au croisement des lignes 3, 7 et 8 du métro sous la place de l’Opéra.  

Le projet de l’entreprise Chagnaud est retenu car il présente, outre l’idée d’utiliser des caissons foncés verticalement dans le lit du fleuve, l’autre avantage de ne pas recourir à deux tunnels jumeaux mais à un seul ouvrage contenant les deux voies.  

Les travaux se découpent de la façon suivante :  

  • Un souterrain courant entre Châtelet et le grand bras de la Seine ; 
  • Trois caissons pour traverser le grand bras de la Seine ; 
  • Trois caissons pour la station Cité ; 
  • Un souterrain courant entre Cité et le petit bras de la Seine ;  
  • Deux caissons pour traverser le petit bras de la Seine ; 
  • Un souterrain courant jusqu’à la station Saint Michel ; 
  • Trois caissons pour la station Saint Michel.  

Pour le petit bras et le grand bras de la Seine, la méthode des caissons foncés dans le lit du fleuve est utilisée. Le principe est simple sur le papier : il s’agit de placer des caissons préfabriqués bout à bout dans une tranchée (la souille), creusée dans le lit du fleuve, et de les déposer ensuite de manière à créer un véritable tunnel dans le prolongement de ceux réalisés de part et d’autre sur la terre ferme.  

Un terrain congelé pour faire passer le métro

Pour la partie au sud du petit bras de la Seine et sur une très courte portion de 14,50 m, une méthode originale est employée : la congélation du terrain. En effet la présence d’une ligne de chemin de fer (aujourd’hui RER C) empêche l’emploi de la méthode des caissons.

Le terrain de mauvaise consistance est donc congelé afin d’effectuer les terrassements dans de bonnes conditions, au moyen de tubes de congélation dans lesquels circule une solution de saumure à -24° gelant le terrain en 40 jours. Les travaux durent une dizaine de mois pour cette portion de décembre 1908 à septembre 1909.

 

fouilles cité
© RATP - Collection RAT
Fragments de bas-reliefs découverts dans la fouille d'une galerie sous le quai de la Cité
© RATP - Collection RAT

Des vestiges gallo-romains découverts lors de la construction de la station Cité

Une grande basilique d’au moins 60m de long sur 35m de large, la plus grande reconnue en Gaule pour cette période, est en partie mise au jour sous le marché aux fleurs lors de la construction de la station de métro Cité. Elle s’aligne sur cette voie decumane et donne sur le Cardo maximus (rue de la Cité). Ce grand édifice était fondé en blocs d’architecture remployés provenant de grands mausolées richement ornés et de stèles funéraires. 

Chantier de construction de la ligne 4 du metro : traversée sous-fluviale entre Chatelet et Cité. Fonçage vertical d'un caisson dans la Seine - © Archives Mairie de Paris/RATP - Reproduction Archives Mairie de Paris
Chantier de construction de la ligne 4 du metro : traversée sous-fluviale entre Chatelet et Cité. Positionnement d'un caisson à son lieu d'échouage sur la Seine. - © Archives Mairie de Paris/RATP - Reproduction Archives Mairie de Paris
Construction du métro place Louis Lepine : caisson de la station Cité - © Archives Mairie de Paris/RATP - Reproduction Archives Mairie de Paris
Travaux du Métropolitain Intérieur d'un caisson au marché aux oiseaux - © Collection RATP/J. H.
Caisson du Marché aux Fleurs - © Collection RATP/Ernest LE DELEY

Cité et Saint-Michel : une même conception pour deux stations

Les stations Cité et Saint-Michel, sont, elles, construites d’abord sur la chaussée, au-dessus de l’emplacement qu’elles ont à occuper, puis foncées dans le sol.   

Chacune de ces deux stations se compose de trois caissons : un central renfermant la station proprement dite à voûte en plein cintre, et 2 caissons situés de part et d‘autre des quais de la station composés des puits contenant les moyens d’accès, escaliers et ascenseurs, fermés par une couverture métallique. 

L’achèvement de ces gigantesques et spectaculaires travaux permet d’inaugurer le tronçon central de la ligne 4 entre Chatelet et Raspail en janvier 1910, assurant ainsi la jonction des deux parties ouvertes en 1908 au nord et 1909 au sud. 

La crue centennale interrompt la ligne 4

L’exploitation entière de la ligne 4, si longtemps attendue, ne dure pourtant que quelques jours. En effet, la Seine va connaître une de ses plus grandes crues qui interrompt le trafic jusqu’au 6 avril, date de reprise du service sur l’intégralité de la ligne.  
 

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